EXTRAITS DU TEXTE

écriture Sarah Mordy


Extrait de texte 1 :

Diane - J'ai toujours eu peur de te le dire. Et tu sais pourquoi ? Parce que ça fout la trouille de le dire la première. J'étais paralysée à l'idée que toi, peut- être, non. Alors on la ferme. C'est stupide, hein ? Eh ouais. Complètement. Notre humanité nous quitte, « bye bye ». J'ai lu une phrase un jour qui disait « Je pense à ce scandale de ne pas vivre, alors qu'on est vivant ». Tu vois cette phrase qui sur l'instant m'a fait penser à toi... aujourd'hui c'est mon reflet que j'y vois. J'ai préféré fermer ma gueule. Écraser ce qui me fait humaine. « T'aimer ». Alors voilà. Il m'a fallut tout ça, tout ça, là, pour te le dire. Non pas pour que tu le saches, car je pense que tu le sais, que tu l'as senti. Tout ça pour te le dire.
Je t'aime
Avec ton égoïsme
Ta fausse prétention. Ta putain de fragilité à vivre
Avec tes blagues pourries
Avec ton ego qui m'a brûlé jusqu'au tréfonds de mon être
Ta mélancolie qui m'a arraché des larmes
Je l'aimais cette mélancolie je voulais que ce soit notre force
Notre muraille
Ta poésie je voulais la sublimer, la prendre en moi avec toute sa violence étincelante et déchirante
Avec tes absences, tes silences de mort, d'autres de toute beauté, une cruelle et radieuse beauté. Parce que c'est ça qui était beau, c'était d'être là, avec toi, d'être là et de juste respirer
Malgré l'humiliation que certains de tes actes m'ont infligé
Parce que je t'aime toi
Toi je t'aime
Et tout ça, tout ça là, c'est parce que je n'arrive pas à m'en défaire
Je n'arrive pas que tu me quittes



Extrait de texte 2 :

Bill – Et là, elle a voulu m'enterrer.
La mariée – Nan ?
La lapine, dans une bouffée de cigarette – Trop dure.
Bill – Je ne comprends vraiment pas sa réaction. J'ai juste besoin de temps pour moi. De là à m'effacer de sa mémoire.
La mariée – Et elle sait ??
Bill – Quoi ??
La mariée – Bah que ça n'a pas fonctionné.
Bill – Non, je ne pense pas. Il faut que je reste caché un instant, sinon elle va être furax.
La lapine – En tous cas, tu peux rester ici autant de temps que nécessaire.
Bill – ... Merci. Mais on est où exactement ?
La lapine – Alors ça mon petit gars, je vais te dire c'est très simple, nous sommes quelques part dans les limbes de sa mémoire.
Bill - Et vous êtes ??
La mariée – Mon p'tit loup, on est de vieux souvenirs qu'elle a refoulé. Depuis nous sommes là.
Nous faisons passer le temps en jouant au poker, en buvant le thé.
La lapine - Ha Ha Ha !!! On boit du thé ouais...Ha ha ha!!!
Bill, ironiquement – Ah bah ça a l'air super tout ça, je suis vraiment content de me retrouver ici, je suis vraiment content de me retrouver bloquer entre un lapin et ... Il se tourne vers la mariée, mais ne finit pas sa phrase.
La lapine – Non mais dis donc, c'est bon, on ne te permet pas ! Si t'es pas comptant, t'as qu'à remonter à la surface ! Nan mais je rêve.
La mariée – Non, écoute, ce n'est pas grave, ne t'énerve pas, il est un peu déboussolé, c'est normal après tout, on peut le comprendre.
La lapine – Mais qu'est-ce qu'il a fait pour arranger les choses, dis-moi ? Il est là à chouiner qu'il est malheureux, qu'il est perdu, qu'il a mal au cœur. C'est quoi ça ? C'est quoi ça de vivre dans la peur ? Le bonheur, pourquoi le refuser ? En l’acceptant, on n’aggrave pas le malheur des autres et même ça aide à lutter pour eux. Je trouve regrettable cette honte qu’on éprouve à se sentir heureux. Oh tiens ça me déprime je vais prendre un tic-tac.
Bill , vexé - Bon, je ne vais pas vous embêter plus longtemps, hein. Merci beaucoup pour l'accueil, ce fût un plaisir, je n'en demandais pas temps. Il se lève et leur sert la main.
La mariée – Où vas-tu mon p'tit loup ? Tu ne veux pas attendre un peu que la pression redescende ?
Bill – Non, non, ça va, merci. Je préfère encore être un souvenir qu'on tente d'effacer plutôt qu'un homme sans cœur. Merci.